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Pourquoi les peuples autochtones sont-ils au cœur de la justice climatique ?

Pourquoi les peuples autochtones sont-ils au cœur de la justice climatique ?

Pourquoi les peuples autochtones sont-ils au cœur de la justice climatique ?

Les peuples autochtones figurent parmi les premières victimes de l’injustice climatique, alors même qu’ils contribuent très peu aux émissions de gaz à effet de serre. Leur mode de vie, étroitement lié aux équilibres naturels, les rend particulièrement exposés aux dérèglements climatiques. Lorsque les écosystèmes se dégradent, ce sont à la fois leurs moyens de subsistance, leur sécurité alimentaire, leur santé et leur culture qui sont menacés.

Ces vulnérabilités sont accentuées pour plusieurs raisons. D’abord, leur situation géographique : de nombreuses communautés autochtones vivent dans des régions particulièrement exposées aux effets du réchauffement climatique — zones arctiques, îles, forêts tropicales, régions montagneuses ou arides. À cette exposition s’ajoute une profonde injustice : bien qu’ils soient très peu responsables du changement climatique, ils en subissent de manière disproportionnée les conséquences.

À ces impacts environnementaux s’ajoute une marginalisation politique persistante. Le manque de reconnaissance effective des droits territoriaux et l’exclusion des instances de décision empêchent souvent les peuples autochtones de défendre leurs intérêts et de participer aux politiques d’adaptation. Le changement climatique agit ainsi comme un multiplicateur d’inégalités déjà existantes, accentuant leur vulnérabilité sociale, économique et sanitaire.

C’est ici que la notion de justice climatique prend tout son sens. Apparue dans les années 2000, elle permet de comprendre ces déséquilibres en mettant en lumière les facteurs historiques, économiques et politiques qui expliquent la répartition inégale des risques climatiques et des responsabilités. Selon l’Institut de l’éducation et de l’environnement (INEE), la justice climatique repose sur le principe selon lequel les bénéfices tirés des activités responsables du changement climatique et les charges de ses impacts doivent être répartis équitablement. Elle appelle aussi à une équitabilité dans la prise de décision environnementale, en donnant une place centrale aux populations les moins responsables et les plus vulnérables. Si le réchauffement climatique concerne l’ensemble de l’humanité, ses effets sont profondément différenciés selon la géographie, la situation sociale et l’appartenance ethnique.
Malgré les engagements internationaux, ces inégalités persistent. L’Accord de Paris repose sur des contributions volontaires des États, sans mécanisme de sanction en cas de non-respect. Cette absence de contrainte affaiblit l’efficacité des accords internationaux et pénalise en priorité les populations les plus exposées.

Un autre obstacle majeur réside dans le décalage entre les approches dominantes des États, fondées sur des solutions techniques et scientifiques, et la réalité vécue par les peuples autochtones. Leurs savoirs traditionnels, pourtant essentiels à la préservation des écosystèmes, restent souvent marginalisés, tandis que des innovations imposées de l’extérieur bouleversent leurs modes de vie.
La COP16 sur la biodiversité, tenue à Cali en 2024, a marqué une avancée importante pour les peuples autochtones et les communautés locales. Elle a créé un organe permanent garantissant leur participation aux travaux de la Convention sur la diversité biologique, reconnu officiellement leur rôle unique dans la conservation des écosystèmes, et adopté des décisions visant un partage plus équitable des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques, notamment à travers la mise en place du Cali Fund. Ces progrès, bien que fragiles et non contraignants, constituent des étapes significatives vers une intégration plus réelle des peuples autochtones dans les décisions internationales sur la biodiversité.
Cependant, ces avancées restent insuffisantes. Les engagements financiers restent très en deçà de l’objectif international de 200 milliards de dollars par an d’ici 2030, pourtant essentiel pour soutenir la protection des territoires autochtones, qui concentrent une part majeure de la biodiversité mondiale et les désaccords entre pays du Nord et du Sud freinent une action collective efficace. Plus largement, l’exclusion des peuples autochtones demeure un enjeu politique central : malgré l’existence d’instruments juridiques internationaux reconnaissant leurs droits, ceux-ci sont régulièrement contournés au nom d’intérêts économiques et de logiques de développement.

Une transition écologique réellement juste ne peut se faire sans les peuples autochtones. Reconnaître leurs droits, protéger leurs territoires et intégrer pleinement leurs savoirs ne relève pas seulement d’une exigence morale, mais constitue une condition essentielle pour faire face durablement à la crise climatique et à l’effondrement de la biodiversité.

Fadhila TOUILEB
Pour RadioClimate
fadhila.touileb@radioclimate.org